Vélo de gravelle : libre de nature

Publié le 20 juin 2022

Par Nathalie Schneider

Depuis une dizaine d’années, ce vélo touche-à-tout s’immisce un peu partout au Québec sur toutes sortes de surfaces. Et la tendance s’amplifie.

«Je me suis mise au vélo de montagne pour pratiquer avec mon copain, dit Jenn Brousseau, une jeune trentenaire, qui vit à Bromont. Ensuite, le vélo de gravelle m’a semblé une alternative intéressante pour rouler au printemps et en automne quand les sentiers en montagne sont bouetteux et difficilement praticables.» À deux pas de la maison, le jeune couple n’a que quelques coups de pédale à donner pour accéder à un réseau de chemins forestiers parfaits pour une sortie de jour ou de soir sur des distances allant de 20 à 45 km. L’occasion d’apprécier tout ce qui fait le charme du vélo de gravelle : le contact rapproché avec la nature, les trouvailles fauniques et floristiques, les odeurs de sous-bois et l’émerveillement à chaque coup de pédale. «C’est beaucoup moins dangereux que de rouler sur route avec les autos qui passent à toute vitesse», renchérit Jean Brousseau.


Le roi de la polyvalence

«Vélo de gravelle est une appellation limitative pour désigner un vélo qui ne l’est pas, nuance Benoit Simard, athlète et propriétaire de la boutique Espresso Sport, à Sainte-Adèle. Pour ce fan de cyclisme tous azimuts, l’expression «vélo tout chemin», qu’on utilise en Europe depuis longtemps, reflète bien mieux ce qu’il est : une monture initialement inspirée du vélo de montagne, qui peut aller partout, sur route comme sur poudre de roche, sur pistes cyclable ou sur sentier, pour autant qu’on choisisse la bonne largeur de pneus. «Au départ, c’était la forme la plus basic du vélo et la moins spécialisée de l’industrie, dit Benoit Simard, qui a déjà pratiqué le vélo en semi-professionnel. Désormais, le vélo de gravelle a remplacé le cyclo-cross dans l’esprit de ceux qui visent principalement la polyvalence.»

Une tendance qui s’affirme

Surfant sur cette nouvelle vague, la quasi-totalité des fabricants proposent aujourd’hui des gravel bike aux technologies et composantes ultra-sophistiquées : cadre en aluminium, fourche ou roues en carbone, dispositif anti-vibration, suspension renforcée et, même, assistance électrique. Ces petits malins, qui n’ont aucune limite, sont bien plus maniables qu’un vélo de cyclotourisme et leur flexibilité séduit de plus en plus de cyclistes de tous âges. «Si le vélo de route s’est simplifié, le gravel bike, lui, s’est complexifié, explique Jacques Sennéchael, rédacteur en chef de Vélo Mag. Désormais, on trouve des modèles correspondant à chaque pratique.» Un constat qui peut paraître un tantinet paradoxal pour le roi de la polyvalence. Mais qui confirme, s’il en était besoin, la tendance à la surenchère de l’industrie.

Ce paradoxe se répercute aussi sur le prix de ces modèles, qui varient entre 2000$ et 6000$, pour les plus technos. À l’achat, il faut vérifier que le vélo puisse accueillir des pneus d’au moins 40 mm et jusqu’à 50 mm. Aussi, il doit posséder plusieurs œillets de fixation pour le transport des bagages. Si le budget le permet, on privilégie les freins hydrauliques, plus performants dans toutes les conditions météo.


Un territoire fait pour lui

Au Québec, on a l’embarras du choix pour se perdre sur les sentiers forestiers d’arrière-pays, surtout dans des régions sauvages comme la Gaspésie ou, encore, le nord des Laurentides ou de la Mauricie. Dans les Laurentides, certains axes principaux, comme le Corridor aérobique, ou le P’tit Train du Nord, sont autant de terrains de jeux parfaits pour ce vélo tout chemin avec des kilomètres de plaisir garanti, même pour les débutants : Réserves fauniques, terres de la Couronne, réseau cyclable ou, encore, parcs nationaux : ce vélo-là ne se dresse aucune limite pour explorer le Québec par sa cour arrière.

Parc du Corridor aérobique dans les Laurentides

La pratique du vélo de route induit la cohabitation avec les véhicules automobiles et des mauvaises conditions de l’asphalte au Québec peut aussi décourager certains cyclistes. Quant au vélo de montagne, il reste toujours un peu intimidant car il est associé, à tort ou à raison, à une pratique extrême malgré la volonté évidente des centres de le rendre plus accessible. La preuve : les sentiers débutants y sont de plus en plus nombreux. «Le gravel bike séduit par les petits défis qu’offre un sentier sans donner l’impression qu’on va risquer sa vie à chaque virage», résume Benoit Simard.

Un vélo qui parle d’aventure

D’ailleurs, le vélo de gravelle a un penchant très marqué pour l’exploration et, même, pour un certain nomadisme. «Ce type de cyclisme abolit toutes les frontières mentales car il permet d’explorer les chemins forestiers, même pour plusieurs jours, en transportant sa tente de camping», explique Jacques Sennéchael. Et, selon lui, la pandémie, durant laquelle rouler en peloton était proscrit, a contribué à populariser les escapades dans le bois en solo ou en famille.

Aujourd’hui, donc, fini le cyclotourisme, bonjour le bikepacking! Il y a plus de 15 ans, les deux cyclistes aventuriers visionnaires, Pierre Bouchard et Jannick Lemieux, exploraient déjà le réseau des chemins forestiers du Québec pour un faire un circuit de traverse – une «Route brune» version tout-terrain de la Route verte. Aujourd’hui, ce projet commence à s’échafauder un peu partout, grâce aux initiatives de communautés en effervescence. Comme ce projet en développement, le Quebec Bikepacking Traverse, ce réseau transquébécois entre Rouyn-Noranda et Percé, soit 3050 km, qui relie parcs, zecs et réserves fauniques. Ou, encore, le collectif Vélo d’Aventure des Cantons, initié par Jérémie Bourdages-Duclot et ses partenaires, Julien Lamarche et Philipe Archambault, inspirés par le Green Mountain Gravel Growler, au Vermont. «Nous avons développé la Boucle Brassicole des Cantons, un circuit de 642 km pour le gravel bike, avec 6400 m de dénivelé, qui relie une vingtaine de microbrasseries des Cantons-de-l’Est», explique Jérémie Bourdages-Duclot. Cet itinéraire fait le tour de la région, à l’exception de celle de la MRC du Granit, région qui devrait être explorée prochainement par le collectif car elle a tout pour séduire les amoureux du vélo d’aventure.

Outre le développement de circuits, Vélo d’Aventure des Cantons veut devenir un acteur influent pour permettre, avec d’autres partenaires, de débloquer l’accès à des terres privées, particulièrement nombreuses en Estrie. «La région est le paradis du vélo de gravelle, mais pas du bikepacking à cause du manque de lieux où camper, explique Jérémie Bourdages-Duclot. Voilà qui donnerait à cette activité encore plus de liberté pour se développer.

Pour aller plus loin

Collectif de vélo d'aventure des Cantons : veloaventurecantons.ca.
La Quebec Bikepacking Traverse : bikepacking.quebec.

Groupes sur FB

Bikepacking.qc : plus grand groupe d’échange sur le bikepacking au Québec.
Sorties vélo dans les bois : Groupe qui organise des sorties de groupe inclusives de deux jours et plus en bikepacking.
Communauté de bikepacking des Cantons.
Esprit Gravel : club qui organise des sorties dans les Laurentides.

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